Pourquoi les Carreaux de Chesley sont-ils un « produit du terroir » ?
Publié le 10 Juillet 2013
Les Carreaux de Chesley sont une Entreprise du Patrimoine Vivant, qui fabrique des carreaux de faïence et de pavement en terre cuite, à Chesley un village du sud de la Champagne. Cette entreprise s’inspire de ce patrimoine local de la Champagne et de la Bourgogne et de carreaux de diverses régions de France, tout en voulant le respecter et retrouver son caractère et son charme.
Si je veux réaliser des carreaux de qualité intrinsèque et esthétique, équivalents à ceux que je vois, je ne puis me saisir des procédés industriels (qui sont à ma disposition), je ne peux refaire une pâle copie morte et répétitive, un produit standardisé. En premier je ne dois pas me soucier du temps passé ni de la rentabilité, je dois réfléchir à la bonne façon de les faire.
J’ai donc choisi la fabrication manuelle pour les dallages historiés et unis, en me servant quasiment des mêmes techniques que les techniques anciennes. J’ai cependant adopté quelques moyens plus modernes quand ils n’altéraient pas la mise en œuvre et apportaient une amélioration, (principalement dans le compactage des terres et la cuisson). Rester « compétitif », vous oblige à quelques adaptations, car je ne peux avoir une main d’œuvre nombreuse comme c’était le cas dans le passé.
Ainsi j’ai choisi pour les décors et les carreaux émaillés de couleur, la faïence, qui est une technique de bi-cuisson (donc plus longue), mais qui à une clarté incomparable d’émail.
Photo des piles de carreaux terre crue ; du chargement d’un four engobés crus ; des palettes tesson cuit en attente d’émaillage
Cela veut dire au minimum, un enfournement après fabrication des carreaux et séchage (tout est fait à l’atelier), un défournement, un émaillage par trempage, un ré-enfournement et encore un défournement. Il arrive aussi que l’on ait trois cuisons pour un décor. On est loin de l’automatisation et de la chaîne de fabrication continue de l’industrie, ou semi-continue).
Pour plus de qualité esthétique pour ma collection de carreaux émaillés de couleur j’ai choisi une technique très ancienne et encore plus lente, où chaque carreau à son fond recouvert d’une barbotine de terre liquide (un engobe coloré) appliquée au pinceau.
Les tessons, une fois cuits, seront soit décorés au pinceau et émaillés en transparent, soit directement émaillés en transparent. C’est une technique qui demande soin et application dans les différentes étapes, pour un carreau nous avons entre 10 et 12 manipulations. Nous comptons entre 100 et 130 heures de travail pour préparer une fournée qui représente en moyenne un peu plus de 4000 carreaux.
La plus part de mes décors peints à la main, (car c’est ma spécialité), sont repris de décors anciens et la compréhension, ainsi que la mise au point, la technique, les gestes, demande du temps et de la réflexion avant de parvenir à un résultat qui me satisfasse.
Des clients me demandent de réaliser des carreaux de toutes sortes, souvent d’après des photos prises sur place et déformées par la perspective.
Il faut penser que je dois à chaque fois refaire quelque chose qui a été oubliée et dont les gestes et les outils sont perdus, je n’ai personne pour m’initier. Il s’agit bien de métiers et de savoir-faire perdus qu’il faut retrouver.
Conclusion
La fabrication de carreaux de céramique traditionnels est un métier d’art, elle doit aussi respecter un certain nombre de conditions : laisser la terre se reposer, surveiller les temps de séchage, les conditions hygrométriques et météorologiques (on craint le gel), les courants d’air ; de nombreuses manutentions à répéter, lutter contre la poussière, surveiller les cuissons, réparer les fours, etc.
Certains paysans agriculteurs qui avaient de l’argile « pure » en excès dans leur terre, exerçaient une activité supplémentaire consistant à fabriquer des briques en terre au printemps, de les laisser sécher sous des hangars à l’air libre et de les cuire en plein-air (sans avoir de four) à la fin de l’automne. Ils démarraient la cuisson, tout en bâtissant le four (éphémère) au fur et à mesure, cela s’appelle une cuisson à la Flamande, la dernière fut observée en France dans les années 1960.
C’est pourquoi, travailler à la campagne au contact de la nature, comme les artisans du passé, qui souvent fabriquaient sur un lieu proche du chantier (et étaient inspirés par ce qu’ils voyaient) , peut être considéré, comme une production locale, un produit du terroir, vivant avec la météo, les saisons et cherchant à travailler le plus possible avec les matières premières locales.



/image%2F0396084%2F201307%2Fob_5853cc_6-impression-avec-une-matrice.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_7a3271_7-coulage-de-la-barbotine.jpg)

/image%2F0396084%2F201307%2Fob_d3b3df_9-se-chage-des-carreaux-w.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_5b0814_10-chargement-du-four-01.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_708225_11-chargement-du-four-02.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_0742b6_12-de-chargement-du-four.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_6c0e36_13-tessons-engobe-s-cuits-w.jpg)




/image%2F0396084%2F201307%2Fob_6429ec26caaa140fdb31453e2e67353f_clayettes.jpg)
/image%2F0396084%2F201307%2Fob_35be2bbc26c673178ff1a1b1a2b0819d_de-fournement.jpg)
